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Lettre à la Police


« La police

Homme sorcier et démon, il me fait endormir, il me fait quelque produit dans le nez à partir de 9 heures le soir, le matin quand je me réveille, je trouve à coté de mon lit des hommes qui se dispute pour moi, homme sorcier et démon qui commande et les fait rentrer, qui ouvre la porte, sa fait 3 fois qui le ma fait.

J’ai téléphoner, vous ma vais pas répondu, je sais pas quesque il a fait pour le téléphone, le téléphone ne répond pas.

Homme sorcier et démon, il habite 6 étage studio dans le mêm bâtiment, moi j’abite 5 étage, il s’appelle taieb.

La nuit je ne dor pas quand j’ai vue sa, je me suis sauvé à l’hôpital, je suis reste 10 jours et je suis sorti j’avais le billet pour partir en vacances le 22 juillet. La nuit du 21 juillet, il est entrer chez moi, j’étais assi de le fauteuil, je sais pas comme il fait pour rentrer, je l’ai trouve devant moi, il m’a dit, je te vole, je te tue, je coupe ta tête, je mange ton cerveau après il a allumé une allumete, il a brulé mes cheveux.

Je commence à crier au secour »

Elle est là devant moi, vieille femme au manteau rose passé et taché, aux cheveux d’un roux surréaliste, brûlés par les teintures successives. Sa valise en plastique bleue est posée à coté d’elle tandis que son fils et sa belle fille se tiennent en retrait, gênés. De son regard intense, elle me demande de l’aide.

1 comment | janvier 5th, 2009

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Police en conseil familial


Parfois, j’abandonne la rue pour un autre poste, poste de Police en l’occurrence où il faut assurer l’accueil du public, ce que je fais en recevant ce couple et leur enfant.

A peine rentré, la femme et le fils s’assoient chacun de leur coté comme deux enfants fâchés l’un contre l’autre, s’accusant mutuellement d’avoir été puni par la faute de l’autre. Le père s’avance vers moi avec ce regard désespéré et larmoyant que l’on prête habituellement au cocker.

«Bonsoir, Je viens déposer une main courante ?

Bonsoir, à quel sujet votre main courante ?

Pour dire que ma femme est trop sévère avec mon fils, qu’elle ne doit plus mal lui parler comme elle le fait. »

Les bras m’en tombent, la bouche avec. Je mets quelques instants avant de trouver la réponse adaptée. Il est clair qu’à l’intérieur je fulmine, j’ai envie de crier à ce père de reprendre son rôle qu’il semble avoir déserté sans vraiment combattre. Lui dire qu’il doit être le père, le médiateur, le guide. Que faire un enfant n’a pas pour unique but de peupler la planète, que le mariage n’a pas pour unique but de faire des enfants. Le bousculer, lui dire de se reprendre plutôt que de déballer sa vie privée sur le comptoir en formica d’un service public.

« Monsieur, je ne vais rien pouvoir faire pour vous, ce n’est pas de mon ressort, ici on fait dans le pénal pas dans le familial.

Bon d’accord. Mais que dois-je faire alors ?

Rentrez chez vous, discutez en famille du problème qui vous divise, faites des compromis, proposez des solutions, assumez votre responsabilité au sein de votre famille.

Bien, merci monsieur, désolé de vous avoir dérangé

Pas de soucis, bonne soirée messieurs dame »

Et les voilà qu’ils partent comme ils sont venus.

En racontant cela aux collègues avec toute l’incrédulité qui encore m’habite, l’un d’eux soumet une hypothèse. Sachant que le couple était de confession musulmane, il propose une version pour le moins personnelle. Il argue que selon la loi coranique, la femme ne doit plus émettre de reproches à un homme du moment que ce dernier à plus de 7 années (je n’ai pas vérifié cette règle religieuse). Dubitatif quand à cette nouvelle version née d’une interprétation ne m’appartenant pas, je me suis demandé si en sortant du commissariat, le couple avait pris la direction de la mosquée pour frapper à la porte de l’imam ?

2 comments | décembre 18th, 2008

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Outrage

La plupart des outrages glissent sur votre tenue mais il y a ceux qui vous pénètrent, vous blessent et vous humilient. Ceux là sont relevés et leurs auteurs interpellés car c’est un délit d’outrager. Les autres sont vite oubliés, ou pas…

Je suis au poste quand j’entends sur les ondes mon équipage annoncer qu’il vient d’interpeller un individu pour outrage. Un outrage simple sans la rébellion qui souvent l’accompagne. Seuls quelques mots acerbes lancés à la volée puis couchés sur un procès verbal pour terminer devant un tribunal.

Après une bonne heure, nouveau message. L’outrage s’est transformé en Ivresse Publique et Manifeste, la garde à vue en dégrisement, à mon grand étonnement car l’outrage annoncé rarement est pardonné.

L’équipage rentre avec son alcoolique outrageant, qui n’a d’ailleurs plus rien d’outrageant mais demeure grisé, puis noir quand se referme la lourde porte des geôles lui bouclant le caquet.

Par curiosité, j’interroge mes collègues sur l’outrage non relevé et au vu de ce que j’apprends, je comprends, puis je ris en pensant à la plaidoirie qui aurait pu décrire le délit.

Tapi jusque là dans l’ombre de sa longue robe noire, il ne fallu qu’un mot du président pour que l’avocat déploie ses manches et sa verve telle une pie prenant son envol :

J’en conviens monsieur le juge, l’outrage sur le papier peut paraître dérisoire mais revivons ensemble, si vous me le permettez, ce moment d’humiliation vécu par mes clients. D’un geste théâtral, il dévoile les plaignants penauds qui jusque là, se cachaient de sa manche. Imaginez cette nuit glacée qui rend la patrouille interminable, ces deux fonctionnaires qui bravent la nuit et le froid pour nous porter courageusement secours quand cet individu apparait, nouveau jeu de manches, ce bougre éméché qui chante à tue tête son refrain entêtant avec suffisamment de voix pour que ces trois lettres répétées pénètrent dans l’habitacle des outragés sans qu’aucune vitre ne soit baissée.

Et le baveux de mimer la danse effrénée de l’aviné, ponctuées de ce mot réitéré pour mieux blesser :

COT COT COT COT…

La pie se fait poulet tandis que se murmure un sourire amusé dans l’assemblée.

Voyez-vous à quel point ceci est dégradant ! C’est pourquoi, je demande à votre honneur la plus grande fermeté afin de clouer le bec à cet outrageux parodier, qui a publiquement humilié ces fonctionnaires en les blessant au plus profond de leur chair…

…de poule

J’en caquète encore.

2 comments | décembre 7th, 2008

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Quand j’enfile ma tenue

A chaque fois, chaque soir, à chaque rituel. D’abord un caleçon sombre sur des chaussettes noires en contraste avec un T-shirt blanc, puis mon pantalon règlementaire qui vient recouvrir mes coquées dont la semelle vient claquer le carrelage, marquant le rythme sans cadence de mon entrée dans la danse.

A chaque fois, chaque soir, à chaque rituel, je ressens cette sensation infime, cette fierté toujours présente de revêtir mon uniforme. Cela ressemble à ce que je ressens aux premières notes de la Marseillaise, un léger frisson au nom de la nation.

Alors, il y aura les cris, les pleurs, la peur. Les différents, les indifférents, les plaignants, les suppliants, les insultants, les blessants. La hiérarchie, l’hypocrisie, le mépris. La misère, la mort.

D’accord, il y aura les rires, les remerciements et l’entraide mais,

Il y aura surtout les agressions, les rebellions, les soumissions. Les bavures, les fêlures, les blessures. La violence, l’intolérance, la souffrance. La rage, la haine, la peine. L’impuissance, l’ignorance, la dépendance. La bêtise, la traitrise.

Pourtant, à chaque fois, chaque soir, quand j’enfile ma tenue, je suis ému même si avec le temps, souvent je ne sais plus, ce qui me motive à être un flic 2 rue.

Add comment | décembre 5th, 2008

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L’art d’être chef


Un Chef qui joue au Chef est un con.

Un Chef qui ne joue pas au Chef est un incompétent.

Un Chef qui dit la vérité est un salaud.

Un Chef qui sanctionne est un enculé.

Un Chef qui suit la voie hiérarchique est un baveux.

Un chef qui ne suit pas la voie hiérarchique est sanctionné.

Un Chef sympa se fait forcément baisé.

Un Chef qui monte au créneau, c’est son boulot.

Je dois certainement être une alchimie de tout cela, parfois je le vis bien, parfois non. En ce moment c’est plutôt non, mais bon.

Je pense que l’on devrait mettre des miroirs dans les commissariats, cela ferait du bien à certain de se regarder en face, Chef ou pas Chef.

Je crois que je vais m’orienter vers le con et le salaud mais quoiqu’il en soit, je ferai mon boulot.

3 comments | novembre 7th, 2008

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Le sous brigadier

Il n’a jamais rien demandé, ni ambitionné, il est rentré à l’administration comme troufion car il n’a jamais été dupe, il sait qu’il n’est qu’un pion.

Lui, il est sous brigadier, 50 balais, 25 ans de boutique, il avait signé pour 37 annuités et une fois de plus, on l’a spolié, fini la retraite à 52 ans, il va falloir aller jusqu’à 60, 8 ans supplémentaires aux allures de galère surtout depuis qu’il est devenu le boulet d’une administration nouvelle génération qui élève des poulets en batteries et renie les coqs qui pourtant avaient ramené l’ordre dans sa basse cour.

Alors, on l’a caché avec son parlé aussi franc que sa poignée. Il n’a plus sa place dans cette administration policée, lui dont les mains sont rugueuses d’avoir fait la sale besogne. Difficile d’avoir les ongles propres quand on nettoie la merde des autres, d’ailleurs, en parlant de merde, on l’a affecté aux Garde à Vue, autant lui offrir l’odeur en plus. Comme il était le plus ancien, on lui a confié une brigade, à lui, qui n’a jamais voulu commander, puis on l’a sanctionné car commander, c’est assumer et lui, il a toujours assumé alors ils se sont défoulés.

Cette année, il a signé 2 comme note de compétence. Même un stagiaire ne signe pas 2, même les incompétents ne signent pas 2 pourtant, à 50 balais, après plus de 25 ans de boutique et un commandement qu’il n’a jamais demandé, on lui a mis 2, certainement pour lui dire merci.

Concernant la haute autorité qui l’a noté, le jour d’une visite ministérielle, ce grand fonctionnaire fonctionnel a vomi tellement il était angoissé. Rien ne sert de collectionner les barrettes à l’épaule si l’on n’en a même pas une dans le pantalon.

Alors oui, le sous brigadier fait cuire des merguez et offre le sandwich aux collègues qui passent. Oui, le sous brigadier sait qu’il a le droit à un quart de vin en mangeant. Oui, le sous brigadier parle fort en des termes crus. Oui, le sous brigadier met des baffes quand on lui manque de respect. Oui, le sous brigadier ouvre sa gueule quand il estime qu’il y a injustice. Oui, le sous brigadier a été nécessaire quand il a fallu nettoyer. Oui, le sous brigadier a pris des coups quand il a fallu bastonner. Oui, la Police a bien changé mais ce n’est pas la faute du sous brigadier, alors arrêtez de lui reprocher.

Bientôt, il n’y aura plus de saucisses, plus de collègues, plus d’unité, plus de corps, plus de grande maison, juste des fonctionnaires, tous beaux, tous propres, tout comme il faut, qui disent oui chef et qui le pensent, qui sourient quand ils vous verbalisent, qui tournent à droite quand on vous agresse à gauche.

De toute façon, il s’en fout le sous brigadier, bientôt, il ira se reposer loin de tous ces cons qui veulent le noter et si un jour c’est à nouveau la guerre, il va bien se marrer.

2 comments | octobre 15th, 2008

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