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Nanard, voleur de piles

Il s’appelle Bernard F. mais tout le monde l’appelle Nanard. Il est SDF depuis bien des années, il est fou aussi, un gentil fou sauf quand il met le feu aux bus par inadvertance, erreur de parcours non représentative d’un homme que la vie à tout sauf épargné. Le seul bien de Nanard est une radio qu’il trimballe de partout et exhibe dans un large sourire édenté. Si la musique adoucit les mœurs, elle semble également faciliter la vie de ce pauvre bougre au caractère faible et à l’odeur forte. Nanard n’a pas de soucis, sa vie, il ne l’a certainement pas choisi mais il ne s’en plaint pas sauf quand ses piles sont mortes et que sa radio ne chante plus.

Quand j’arrive à l’hôpital pour une relève, Nanard nous attend dans un box, prise à la main, cherchant désespérément la source électrique qui redonnera vie à sa radio chérie. Je demande aux collègues les raisons de son interpellation, je reste interdit devant le motif.

Nanard a volé 4 piles dans une grande, très grande enseigne de supermarché qui, malgré les millions qu’elle engrange chaque jours, a décidé de ne rien lâcher face au voleurs qui la dépouillent. Pas de pitié même pour Nanard voleur de piles par amour de sa radio. Alors Nanard est en garde à vue malgré son regard dans le vide, son corps décharné, ses gestes saccadés et incohérents, puis Nanard  est à l’hôpital pour un bilan psy car le médecin de l’Hôtel de Police n’a pas pu déterminer que Nanard est fou, fait établi et connu de tous depuis plus de 15 ans, enfin Nanard attend son bilan psy qu’il connait déjà par cœur. Il me dit qu’il espère être mis en placement d’office et non en milieu libre sinon l’hôpital psy le mettra dehors trop vite pour qu’il ait le temps de se reposer. Nanard est allongé sur son lit d’osculation, lisant un magazine à l’envers. A chaque nouvel arrivant, il défait les nœuds réalisés méthodiquement à chaque sac plastique qui emballe et protège son bien le plus cher. Il sort ensuite précautionneusement  sa radio pour la porter à bout de bras devant son visage buriné qui se déforme sous les traits d’un sourire aux allures de grimace. Il est comme ça Nanard, juste heureux de montrer au monde son trésor à lui, rien qu’à lui.

Nanard finira sa nuit à l’hôpital psychiatrique où il dormira enfin dans un lit et mangera à sa fin. En huit heures, son vol de piles aura mobilisé neuf fonctionnaires de Police, un officier de Police judiciaire, un médecin des UMJ, un psychiatre, deux ambulanciers et autres personnes requises pour un délit commis par une personne aliénée et insolvable.

En partant, j’ai donné 10 euros à Nanard en lui faisant promettre qu’il s’achètera des piles…

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PS : j’ai demandé à Nanard, l’autorisation de le prendre en photo.

1 comment | juillet 11th, 2008

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Violence gratuite

Il est six heures du matin, vous conversez à la presque fraîcheur de ce matin moite d’un début juillet caniculaire tout en attendant un taxi le long de l’avenue Sébastopol à Paris. La soirée a été délicieuse, le jeune homme et la jeune femme qui vous accompagnent sont charmants, qu’il est loin le flic qui squatte ma vie depuis 17 ans, je suis un homme, simple quidam qui passe un agréable moment avant de rentrer chez lui. Rien ne semble pouvoir entacher ce moment convivial, pas même le groupe de 5 individus qui nous accoste plutôt joyeusement et avec qui nous échangeons gaiement. Il est vrai que l’un des cinq nouveaux venus est un peu plus éméché que les autres et un peu plus pressant aussi, mais le flic refait pour un instant surface afin de le remettre gentiment à sa place, hors de notre espace vital. Ne connaissant pas son prénom je le nomme de celui de son t-shirt : CERRUTI  18. A cette évocation, le jeune homme réagit mal, pensant que je me moque en lui donnant 18 ans (j’apprendrais plus tard qu’il en a 22), je lui explique tranquillement qu’il se trompe sans le provoquer car il est clair que le 18 de son vêtement correspond certainement plus au taux de 1,8 g alcool qu’il a dans le sang plus qu’à son âge. C’est la dernière pensée qui me viendra à l’esprit avant de prendre violement sa paume dans l’œil gauche.

Je n’ai rien vu venir preuve que le flic n’était pas totalement revenu, j’ai juste senti cet impact douloureux, mon œil se voiler et sa phrase stupide : « Et là, tu dis plus que j’ai 18 ans ».

Je dois l’avouer, il y a peu de temps de cela, j’aurais certainement commencé par lui déboiter la rotule pour ensuite l’aplatir au sol avant d’appeler  le 17 (plus un ou deux coups au passage, parce que c’est le prix à payer). Cet acte m’aurait certainement délivré de la colère montant en moi mais il aurait également entrainé l’arrivée des pompiers, une audition pénible, un risque de dépôt de plainte de mon agresseur, de longues heures perdues dans les couloirs administratifs, un train raté, un billet à racheter et mes enfants qui attendent.

Je crois que j’ai compris hier, ce qu’est le recul, ce qu’est de ne plus toujours penser comme un flic, ce qu’est d’être une victime, simple victime d’un acte gratuit et dégradant.

Après avoir reculé, je ne suis pas encore au stade de tendre l’autre joue, j’ai demandé à mes amis de me suivre pour traverser la rue et nous tenir à distance du groupe qui quittait les lieux tranquillement, en toute impunité. J’ai alors porté mon coup, celui de la raison gardée et des règles établies. J’ai pianoté ces deux chiffres sur mon clavier, j’ai annoncé ma qualité à l’opérateur, les raison de mon appel, le lieu où je me trouvais, la description de l’individu et de son groupe que nous suivions maintenant à distance.

Il n’aura fallu que quelques minutes à la cavalerie pour arriver, encore quelques instants pour interpeller l’individu. Il nous aura fallu une petite heure pour déposer plainte, saluer les collègues pour ensuite prendre un café entre nous, en parler pour mieux oublier, tandis que notre susceptible aviné de Villiers le Bel (étrange hasard) soufflait positif à l’éthylomètre, se faisait appréhender son cannabis, se déshabillait devant un collègue lui demandant de se retourner et de souffler, se retrouvait dans une chambre de dégrisement qui sent l’urine et la merde avec une paillasse en béton qui vous brise le dos. Puis, après quelques heures on l’a tiré de son sommeil d’ivrogne pour l’auditionner malgré sa migraine, sa bouche pâteuse pour ensuite le placer en garde à vue, autre cellule odorante à la paillasse dure et à l’espace restreint.

Hier, j’ai été victime de violences et j’ai fait ce qu’il fallait faire, pour une fois…

2 comments | juillet 3rd, 2008

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Folle nu…it d’été


Il est plutôt rare que le curé de la commune fasse appel à nos services et pourtant, la première mission de la nuit émane bien de monsieur le curé qui nous informe très décontracté qu’un individu court nu dans son église, chose que l’on pourrait presque comprendre au vu de la canicule contrastant avec la fraîcheur divine de la maison de Dieu.

Sur place, nous constatons effectivement que notre enfant de corps, loin de ressembler à un chérubin, exhibe allègrement ses parties génitales que nous lui demandons de couvrir une fois l’énergumène rattrapé puis maitrisé. La scène est cocasse, le curé observateur, la Police souriante et le naturiste prolixe. Si ses poignets sont bien menottés, sa langue ne l’est pas et nous avons droit au spectacle amusant puis affligeant de l’homme ayant perdu la raison. Nous lui devons tout de même cette superbe réplique déclamée avec emphase au curé :

« Sachez Monsieur, que j’ai tellement prié dans ma vie que vous ne m’arrivez même pas à la cheville ».

Magistral !

Sur ce bon mot, conduisons notre bougre à l’Hôpital pour un examen dont nous connaissons l’issue. Je vais voir le psychiatre qui me tutoie tellement nous nous sommes déjà croisé (Je suis un de ses bons fournisseurs en cas atypiques) et lui explique dans un grand sourire les exploits de notre gagnant du jour. L’homme de sciences me regarde les yeux rieurs en lâchant un « à croire que c’est la journée » qui fait mouche. Je sais qu’il va me raconter une de ces croustillantes anecdotes et je suis tout ouïe.

Plus tôt dans la soirée, des collègues lui ont délivré un autre cas fort intéressant. L’individu, après avoir éperonné puis poussé sur une centaine de mètres la fourgonnette d’une prostituée, est descendu à la hâte pour se masturber puis éjaculer sur la porte latérale coulissante de la péripatéticienne.

Ma vue se trouble et je pleure de rire en silence pour ne pas perturber la longue attente des patients dans le hall des urgences tandis que mon psy goguenard glousse intérieurement.

C’est aussi pour cela que je fais ce métier.

Add comment | juin 23rd, 2008

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Faire ses preuves

Cela fait maintenant 17 ans que je fais mes preuves car à chaque fois que je change de ville ou de service, on me demande de faire mes preuves. Le plus logique serait de prendre mon dossier, de connaître mes aptitudes, mes habilitations, mes faits d’armes, mes méfaits pour pouvoir se faire une idée, respecter le chemin parcouru et le prix payé pour le parcourir. Et bien non !

Chef, il faut faire vos preuves !

Seulement voilà, le Chef en a ras le bol de faire ses preuves, ras la casquette des remises en questions permanentes, des insinuations déplacées au vu de son cursus de rue. Marre de toujours devoir prouver ce qui n’est plus à prouver, marre de ces risettes entendues qui vous demande de faire « reset » plutôt que de lire votre dossier pour vous donner la place que vous méritez.

Comment peut-on avoir fait ses preuves en services spécialisés, dans les endroits les plus chauds, et se retrouver garde chiourme aux GAV, en train de lever une barrière ou de faire des ports de plis. A quoi on servit toutes ses années à donner satisfaction, à jouer à l’équilibriste sur le fil de la loi pour que règne la justice, à sacrifier son corps en des blessures douloureuses, à risquer sa vie parfois, pourquoi ?

A quoi bon, puisque de toute façon, il faudra à nouveau faire ses preuves, encore et encore, jusqu’au jour où le flic en moi sera mort.

Add comment | juin 16th, 2008

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Parce qu’intrépide rime avec stupide

Que puis-je y faire ? Là où il me faudrait courber l’échine, je sors les canines. Quand on me sort le bâton, je me mets à jouer au con, à faire l’idiot, borné comme un bourricot. Un âne bâté qu’il ne faut pas menacer si l’on ne veut pas prendre une ruade en guise de parade.

Or, dans l’administration, quand on prend une sanction, il faut acquiescer sans contestation. Si l’on veut faire carrière, il faut sacrifier son derrière. Mais là, je ne peux pas !

Une fois de plus je vais charger mes moulins, sûr de perdre la tête haute, risquant une sur sanction, bravant ceux devant qui l’on s’incline habituellement. Je vais encore subir morale, menace puis mépris. Mépris du roi et de son fou pour le pion que je suis. Pion sans lequel, il n’y a plus d’échec. Drôle de stratégie quand l’on veut gagner la partie car un roi seul ou avec son fou ne peut que finir mat ou muté quand il est policier.

Je vais donc perdre demain mais pas sans me battre, pas sans leur faire comprendre que malgré tout mon respect, jamais je ne m’inclinerai devant l’injustice, jamais.

Sale caractère sans lequel je n’aurais certainement pas eu la carrière que je suis fier d’avoir menée et que je mènerai encore par motivation, non pour un patron qui parfois, rime avec poltron.

1 comment | juin 10th, 2008

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Lettre de mise en garde

Cela faisait bien longtemps que je n’avais pas signé de sanctions, il faut dire que je pensais être immunisé après la bavure administrative et judiciaire qui m’a mis de long mois sur la touche.

J’ai presque eu envie de sourire en voyant le lettre de mise en garde que l’on m’a fait signer. Après les gardes à vue, le petit dépôt et les menaces d’incarcération, je l’ai trouvé presque rafraîchissante.

Il faut dire que le sujet est risible même si je ris jaune à l’intérieur. j’ai été sanctionné parce que l’un de mes collègues (je m’étouffe en écrivant ce mot) de même grade, du même service, de la même brigade, a eu la délicatesse d’aviser ma hiérarchie que le 28 avril, je n’ai avisé mon service de ma position de congé maladie qu’à 21 heures 13 alors que le service débute à 21 heures 06. Quelle histoire incroyable !

Je peux dire que je n’ai pas volé ma sanction, une telle erreur de ma part aurait pu avoir des conséquences dramatiques, vous imaginez, 7 minutes tout de même !

Le fait est que j’ai signé une lettre de mise en garde qui sera jointe à mon dossier administratif pour un retard d’appel de 7 minutes. Merci qui ?

Le plus drôle, c’est que l’on m’a remis cette sanction en me demandant accroître mon activité. On peut dire que la Police sait motiver ses hommes.

Il faut vraiment que je l’aime ce putain de métier pour endurer tout ce qu’il me fait. Je vais tout de même alerter les syndicats, je veux bien être maso mais uniquement pour de bonnes raisons. J’ai comme l’impression que parfois, on nous prend pour des cons !

7 comments | mai 22nd, 2008

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